Résumé
En France, la progression de l'obésité et des maladies chroniques est liée à plusieurs facteurs environnementaux et comportementaux dans lesquels l’alimentation joue un rôle clé. C'est pourquoi la stratégie nationale de santé publique repose, entre autres, sur les messages d’éducation et de sensibilisation aux enjeux de santé liés à nos habitudes alimentaires. Malheureusement, si les recommandations du Programme National Nutrition Santé (PNNS) en matière de consommation de fruits et légumes ou de produits laitiers sont désormais bien connues, elles restent encore peu suivies.
Le CRÉDOC a souhaité approfondir ce paradoxe en mobilisant la dernière vague de son enquête annuelle sur les "Comportements et Attitudes alimentaires en France", réalisée en juin 2025. Nous avons cherché à répondre aux questions suivantes : qui sont les personnes qui respectent mieux les recommandations alimentaires ? Et, inversement, qu'est-ce qui explique que l'on ne suive pas des recommandations que l'on connaît pourtant ?
Il apparaît que, d'une manière générale, les femmes respectent plus souvent les repères nutritionnels que les hommes. De même, les plus âgés ont des pratiques plus vertueuses que les plus jeunes et que les diplômés du supérieur sont plus nombreux à suivre les recommandations en fruits et légumes.
La connaissance des repères nutritionnels contribue bien sûr à leur observance, mais il importe de prendre en considération les éventuels freins économiques ou culturels, notamment les représentations que chacun se fait de l’alimentation. Par exemple, une faible appétence à faire la cuisine ou la méconnaissance du lien entre l'alimentation et la santé sont liées à un moindre respect des repères nutritionnels.
Seul un Français sur six consomme plusieurs fruits et légumes par jour
Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) a été mis en place en 2001 pour faire face à la hausse des maladies chroniques pour lesquelles l'alimentation peut jouer un rôle. Il ambitionne notamment d'aider chacun d'entre nous à modifier ses comportements en diffusant plusieurs repères alimentaires.
Ces repères sont assez bien connus : par exemple, la très grande majorité des adultes (87 %) savent qu'il est recommandé de consommer plusieurs fruits et légumes chaque jour, la cible étant au moins 5 portions. Mais seuls 16 % de nos concitoyens consomment effectivement plusieurs fruits et légumes par jour, une proportion qui chute à 9 % parmi les personnes qui ne connaissent pas cette recommandation.
La recommandation du PNNS de consommer deux produits laitiers par jour est beaucoup moins connue (42 % des consommateurs la connaissent) et encore moins suivie (12 % seulement de la population consomment plusieurs produits laitiers quotidiennement).
Les femmes, les plus âgés et les diplômés respectent mieux les recommandations
Les femmes sont plus enclines à respecter les recommandations que les hommes, qu'il s'agisse des fruits et légumes ou des produits laitiers. De même, les plus âgés suivent davantage les consignes relatives aux fruits et légumes et les plus jeunes sont moins nombreux à adopter celles concernant les produits laitiers. La recommandation en matière de fruits et légumes est par ailleurs plus suivie par les plus diplômés et les habitants des communes dites centres (c'est-à-dire les communes qui sont les peuplées au sein d'un pôle urbain plus vaste) que dans les communes situées en couronne urbaine, à la périphérie des pôles.
Des contraintes budgétaires
Celles et ceux qui connaissent des difficultés économiques ont plus souvent une alimentation insuffisante en fruits et légumes ou en produits laitiers. Rappelons qu'aujourd'hui 21 % des consommateurs déclarent devoir s'imposer des restrictions budgétaires en matière d'alimentation, et 7 % de nos concitoyens se trouvent en situation de précarité alimentaire dans le sens où il leur arrive "parfois" ou "souvent" de ne pas avoir assez à manger. Parmi ces derniers, seuls 12 % consomment plusieurs fruits et légumes chaque jour et seulement 9% disent pouvoir manger des produits laitiers plusieurs fois par jour. La forte inflation de ces dernières années a renforcé cette problématique : aujourd'hui, 80 % des consommateurs déclarent être sensibles au prix, contre 75 % en 2023. Il faut dire qu'entre 2019 et 2025, les prix des fruits ont augmenté de +31 % et ceux des légumes ont crû de +29 %.
Ne pas aimer cuisiner
Depuis une dizaine d'année, de plus en plus de Français indiquent vouloir passer le moins de temps possible à cuisiner (ils étaient 34 % en 2018, et sont 45 % en 2025). Corrélativement, la proportion de ceux qui disent aimer cuisiner au quotidien a diminué : elle est passée de 70 % en 2023 à 63 % en 2025. Or un moindre intérêt pour la cuisine est lié à une moins bonne atteinte des repères du PNNS : les personnes trouvant pénible de préparer leur repas sont moins nombreuses à respecter les recommandations en fruits et légumes que celles qui aiment cuisiner.
Par ailleurs, les personnes ayant un profil de consommation que l'on qualifiera de « traditionnel » (attachées à la cuisine maison et à la qualité des produits), sont plus nombreuses à atteindre les repères nutritionnels que les personnes que nous avons appelées « contraintes » ou « détachées », pour qui l’alimentation répond avant tout à une fonction de subsistance.
Les Français font moins souvent le lien entre alimentation et santé
Les dernières années ont aussi vu un changement du regard porté sur l'alimentation, qui est de moins en moins associée à la prévention santé. En 2016, 85 % considéraient que le meilleur moyen de prévenir les problèmes de santé consistait à faire attention à ce que l'on mange ; aujourd'hui, la proportion a chuté à 70 %. Depuis dix ans, on se réfère plus souvent à un suivi médical pour prendre soin de soi. L'importance des professionnels de santé a d'ailleurs également augmenté pour identifier ce que constitue une alimentation saine. En 2025, ils sont les acteurs jugés les plus fiables pour informer sur l’alimentation saine (47 %). Leur niveau de confiance augmente de cinq5 points depuis 2023, les plaçant devant les associations de consommateurs.
Nutri-Score, un outil désormais bien connu
Le Nutri-Score est un outil précieux pour aider les consommateurs à faire leurs choix alimentaires. Il permet de comparer la qualité nutritionnelle des produits de manière plus pratique et synthétique que les tableaux décomposant dans le détail la composition nutritionnelle de ce que l'on achète. La notoriété du logo a progressé depuis sa mise en œuvre depuis 2017 : moins d’un Français sur deux le connaissait en 2018, presque tout le monde le connaît désormais (96 %). Pour ces consommateurs, il est très largement jugé utile (78 %). De fait, aujourd'hui, 58 % des personnes qui le connaissent disent qu'il contribue à modifier leurs comportements d'achat. Ces consommateurs sont aussi plus nombreux à consommer plusieurs fruits et légumes par jour, mais ce n’est pas le cas pour la consommation de produits laitiers.
